INTERVENIR DANS LA RÉALITÉ

Intervenir dans la réalité lors de cures avec des enfants placés

Intervention au colloque de la SPF du 28/29novembre 2009  “Comment inventer en psychanalyse aujourd’hui?”, publié dans La psychiatrie de l’enfant, Vol.LIV 2/2011, PUF.

Résumé : recevoir en psychothérapie des enfants placés en famille d’accueil est difficile. D’une part ces enfants se protègent beaucoup de leur réalité psychique et d’autre part les problèmes de réalité  extérieure sont envahissants et interfèrent dans la cure. Plutôt que d’ignorer ces incursions  de la réalité  extérieure, il est préférable de les prendre en compte, voire d’intervenir dans cette réalité concrète. Cette intervention du psychanalyste dans la réalité, pour peu orthodoxe qu’elle soit, s’est révélée être un moyen privilégié pour avoir accès à la réalité psychique de ces enfants et permettre à ces thérapies de déboucher sur de véritables changements.

Oser sortir de la position purement analytique d’écoute du sujet pour intervenir dans la vie actuelle du patient était chose courante pour les pionniers de la psychanalyse. Freud, en 1913, pouvait faire promettre à une patiente, si elle se retrouvait en situation d’être désargentée, de lui emprunter la somme modique dont elle aurait besoin[1]. L’évolution théorique et technique a banni cette pratique (peut-être la”défaite” de Ferenczi dans sa controverse avec Freud a-t-elle précipité cette évolution) et le cadre de la cure s’est rigidifié : silence et absence absolue d’intervention dans la vie du sujet sont devenus la règle. Dans un mouvement de balancier dont l’Histoire est coutumière, une inclination contraire se dessine. Les analystes, sachant faire la part du mutisme dans le silence, parlent davantage et se risquent également plus à intervenir dans la réalité de leurs patients. Je ne me permettrai pas de dire qu’il s’agit “d’une invention dans la psychanalyse d’aujourd’hui” mais plutôt d’une redécouverte féconde, comme quoi des actes posés par l’analyste peuvent permettre le développement de certaines cures. Certaines situations de réalité peuvent être des impasses qui rendent dérisoires la parole. Recevoir quelqu’un qui a faim sans se préoccuper de savoir s’il aura à manger serait croire que la vie psychique se suffirait à elle-même, sans corps. L’analyste, sans être un démiurge bouleversant la réalité, peut parfois permettre que la réalité rende possible la croyance dans les effets symboliques de la parole. Pour ma part, j’ai découvert cela au terme d’une longue expérience en recevant en centre-médico-psychologique, pour des psychothérapies, des enfants placés en famille d’accueil.

Après m’être rendu compte que beaucoup de ces enfants, placés en famille d’accueil, ne veulent rien savoir de leur histoire, qu’ils se mettent hors sujet de leur histoire, qu’ils ne veulent pas parler ou s’ils parlent qu’ils se cantonnent dans le registre imaginaire , dans un “comme si” qui évite tout changement douloureux, j’ai été amené à insister sur 3 dispositions pour espérer conduire des cures qui aboutissent à de vrais changements.

-Prendre le temps en début de cure de recevoir l’enfant et sa famille d’accueil, puis son référent social, puis ses parents.

-Au début de chaque séance, prendre un temps de parole avec la mère d’accueil, en présence de l’enfant : c’est elle qui dans un premier temps peut être le porte parole des difficultés et souffrances de l’enfant.

-Troisième point, le seul que je développerai aujourd’hui ( j’ai déjà exposé les raisons et les modalités des deux premiers points dans un article paru dans le numéro 18 des lettres de la SPF[2]): la possible et parfois souhaitable intervention du psychanalyste dans la réalité sociale de l’enfant. L’expérience m’a appris qu’une telle intervention permet à ces cures de prendre leur consistance et que cette intervention dans la réalité est un des moyens privilégiés pour avoir accès à la réalité psychique de ces enfants.

 

Deux questions surgissent alors :

-Premièrement, qu’est-ce qui me pousse à intervenir dans la réalité et à quel moment?

-Deuxièmement, suis-je toujours en position d’analyste? (même si ces thérapies ne sont pas des analyses stricto sensu, garder une position d’analyste m’apparaît primordial.)

 

A ces deux questions je propose les réponses suivantes :

– Ce sont les enfants eux-mêmes qui me convoquent à intervenir. Je m’appuie sur leurs paroles et non sur l’idée que je saurais, moi, ce qui est bien pour eux. J’évite aussi de réifier leurs paroles, soit en les prenant au premier degré, soit en les considérant comme pur fantasme. Donc pour intervenir, il faut que j’écoute ces enfants depuis un certain temps, dans un lien transférentiel.

– Suis-je toujours analyste quand j’interviens dans la réalité sociale? Je crois que c’est aux effets de ces interventions qu’on peut juger si on a posé un acte analytique qui ouvre à la parole et à la symbolisation ou si l’on est dans le passage à l’acte face à une situation qui était trop difficile à supporter dans un mouvement identificatoire à un enfant considéré comme victime?

Pour débattre de ces questions, le mieux est de proposer maintenant un exemple clinique.

La cure de Marc 

Marc a 13 ans quand je le reçois pour la première fois fin juin 2007, à la demande de sa famille d’accueil. Celle-ci trouve que Marc « garde tout à l’intérieur » et que « cela explose en crise » au collège dont il a été exclu à trois reprises et à la maison où il se met en danger et se tape la tête contre les murs.

Marc m’explique dès ce premier rendez-vous que c’est bien lui qui a demandé son placement :

« J’étais toujours en conflit avec mes parents et mon frère (Michel, 15 ans) en remettait une couche. J’ai dit à ma mère : j’en ai marre, je veux être placé. Elle ne voulait pas, alors je suis allé au centre social ; et ma mère a bien voulu téléphoner. J’ai attendu un an avant d’être placé (à l’âge de 12 ans).

Marc me parle beaucoup de sa mère et surtout de l’accident qu’elle a eu quand il avait un an : elle a fait une chute dans les escaliers du deuxième étage jusqu’au rez-de-chaussée, elle était ceinture noire de karaté et maintenant elle a une carte de GIC (cet accident me paraît un peu bizarre, mais sa mère me le relatera à peu près dans les mêmes termes) : manifestement, Marc ne fait que répéter la « légende » familiale.

Marc est très critique par rapport à sa mère, sans ambivalence : « Ma mère, elle veut jamais, elle est trop méchante, peut-être à cause de mon grand père – son père – qui la battait. Elle prend mon argent pour me faire des cadeaux, elle m’accuse toujours et jamais mon frère. Elle dit toujours : »Je vais t’appeler » et elle n’appelle jamais. Elle dit qu’elle a oublié. Elle est toujours fatiguée, toujours couchée et elle m’engueule».

Très rapidement, dès le deuxième entretien, surgit la plainte, la revendication de Marc vis-à-vis de la cure que sa mère lui impose, non pas la cure psychanalytique, mais la cure d’été en maison sanitaire spécialisée dans les problèmes respiratoires. Madame D., la mère de Marc, envoie tous les ans ses deux fils en cure et Marc ne veut plus y aller. Il m’explique qu’il a déjà dit et écrit à sa mère qu’il ne voulait plus y aller, mais cette année encore , il va devoir y aller.
Après avoir reçu l’assistante sociale qui me renseigne sur les conditions du placement et me précise que celui-ci est juste administratif, je reçois les parents de Marc en septembre 2007.

La mère de Marc est effectivement très impressionnante : obèse, en fauteuil roulant, ne laissant jamais la parole à son mari, ne parlant que de problèmes de santé, que ce soient les siens ou ceux de ses fils. Les deux parents ont un emploi ( madame a un emploi protégé dans l’administration) et ne sont pas du tout dans ce qu’on appelle la misère sociale.

Son accident dans les escaliers est le premier événement mis en avant : «J’ai fait six mois d’hospitalisation, plus de la rééducation, et ça empire : je suis sous morphine »… Je demande : « Qui a gardé Marc, âgé de 18 mois à ce moment-là ? » C’est son père, mais celui-ci s’est blessé à la main dans un accident du travail, ce qui a nécessité une intervention chirurgicale. C’est alors la grand-mère maternelle qui a gardé les enfants.

Nous abordons alors les circonstances de la grossesse et de la naissance de Marc : « J’ai été malade neuf mois, je vomissais, je maigrissais, j’ai été hospitalisée tous les mois pour des perfusions. Marc pesait quand même 3,7kg à la naissance. Je ne l’ai pas nourri au sein : j’avais trop peur d’avoir des crevasses. C’est son père qui s’est occupé des premiers bains et des premiers changes car j’avais eu une épisio. »
Quand nous en venons au placement de Marc, madame D. me dit tout de suite qu’elle-même a été placée à neuf ans à la DASS parce que son père la maltraitait. « Le juge m’a envoyée en foyer parce qu’il ne voulait pas couper les liens du sang. » J’ai du mal à apprécier les enjeux psychiques du placement de Marc : s’il est certain que c’est lui qui a demandé le placement, sa mère m’affirme qu’elle voulait l’abandonner à la DASS et qu’elle avait même fait une demande de placement en 2004.

Est-ce que Marc, en demandant son placement, a réalisé un vœu maternel, restant assujetti au désir de sa mère ? ou a-t-il tenté une véritable séparation non supportée par sa mère qui retourne la situation pour tenter d’éviter la blessure narcissique ?

Je questionne en fin d’entretien les parents sur les raisons des cures sanitaires annuelles. C’est toujours madame D. qui répond : « Cela a fait beaucoup de bien à Michel (le frère aîné), alors on y a envoyé Marc. Il continuera à y aller jusqu’à ses 18 ans. Son père est asthmatique et moi-même je pars en cure à Dax trois semaines par an ». La filiation à l’œuvre dans cette famille est de type narcissique, la transmission se réduisant à la transmission du même avec le moins de différenciation possible.

 

La thérapie peut alors vraiment commencer. Marc me parle assez volontiers de sa vie d’adolescent, mais de façon plutôt superficielle. Quand il parle de sa famille, c’est toujours pour blâmer sévèrement sa mère et son frère et pour regretter que son père n’ose jamais rien dire.

Les séances vont se poursuivre tranquillement de façon un peu monotone jusqu’à fin avril 2008 où la question des cures se pose de nouveau.

Marc, soutenu par sa mère d’accueil, m’annonce qu’il est inscrit pour cet été à la cure et qu’il ne veut pas y aller. La mère d’accueil précise que le médecin généraliste a rempli le dossier d’inscription à la demande de la mère de Marc, sans même rencontrer celui-ci. Je questionne sur ce qu’en pensent les services sociaux chargés de gérer le placement de Marc et de le protéger. La mère d’accueil me dit qu’ils ne peuvent rien faire puisque c’est une prescription médicale.

Que faire ? Ce garçon nous dit et redit qu’il ne veut pas aller en cure, il a demandé à être placé pour échapper à sa mère et, finalement, il se trouve toujours soumis à l’arbitraire maternel.

Du coup , toujours en présence de Marc, mais en dehors de la famille d’accueil, je téléphone au médecin généraliste. Celui-ci a toujours les papiers d’inscription sur son bureau car madame D. n’est pas encore venue les chercher.

Pour lui, les deux garçons ne sont jamais malades et n’ont pas besoin de cure. Il ajoute : « C’est la mère qui devrait se faire soigner, mais, vous la connaissez, on ne peut pas aller contre elle ». Il propose alors d’annuler ses prescriptions (« je déchire les deux dossiers »). Nous nous mettons d’accord pour qu’il dise à la mère que nous en avons décidé tous les deux ainsi. Marc est ravi : « Je vais chez mes parents ce week-end, mais je ne leur dirai rien. »

 

Alors, passage à l’acte d’un psychanalyste trop identifié à son patient, à« l’enfant victime de mauvais parents » ou acte analytique ?

Qu’est-ce qui peut en décider si ce n’est les effets après coup d’une telle intervention ? S’il y a eu un effet de franchissement de la cure et changement de position subjective de l’analysant, nous pourrons alors dire qu’il y a eu réellement acte analytique.

Mon intervention a eu des effets dans la réalité de la vie de Marc et des effets psychiques dans sa thérapie.

 

Les effets dans la réalité :

Tout d’abord, je reçois un coup de fil très virulent de madame D qui me menace de porter plainte au Conseil de l’Ordre (« Vous êtes psychiatre, vous n’êtes pas compétent en médecine générale »). Elle, elle sait ce qu’il faut à ses enfants et les médecins du centre de cure lui ont bien dit que les enfants devaient venir tous les ans. Lorsque Marc fera une crise d’asthme (il n’en a jamais fait ) cet hiver, elle m’appellera pour le faire hospitaliser.  Elle termine en disant qu’elle ne viendra plus me voir et que lorsque Marc sera revenu à la maison, il ne viendra plus me voir non plus. Ce qui est finalement rassurant puisque, tant que Marc est en famille d’accueil, elle ne s’oppose pas à ce qu’il vienne me parler.

Autre effet dans la réalité, plus grave :Marc a été frappé par son frère Michel, plus ou moins sur incitation de sa mère. Il a appelé au secours par internet sa famille d’accueil et quand cette dernière l’a récupéré, il avait des plaies à la bouche (car les coups avaient porté sur son appareil dentaire). Le médecin généraliste a donné trois jours d’ITT et l’assistante sociale, prévenue, a fait un signalement au procureur. Le placement administratif sera transformé en placement judiciaire et les visites ne seront désormais autorisées que médiatisées, en lieu neutre.

Marc me dit qu’il n’a pu se défendre : « Mon frère est trop gros, trop fort. » Il n’est pas fâché de ne plus aller chez lui : « Elle a dit que j’étais un connard, un enculé, un fils de chien et qu’elle s’en fout que Michel me tape. »

 

Les effets psychiques de mon intervention, repérables dans la cure :

La position subjective de Marc a changé : en témoignent d’une part l’apparition de dessins très différents de ceux qu’il avait produits jusque là, et d’autre part l’émergence d’un discours différent sur sa mère : Marc se pose davantage de questions sur ses sentiments vis-à-vis d’elle. Il va pouvoir sortir d’une situation subie passivement (être l’objet persécuté/persécuteur de sa mère) pour s’engager dans un travail d’élaboration de son histoire, construisant un rapport à sa réalité et ses fictions pour s’affranchir de la toute puissance maternelle.

Comment cela s’est traduit concrètement dans la cure? Je ne peux reprendre toutes les séances, je donnerai certaines indications d’abord avec l’aide de quelques dessins plus signifiants.

  • des dessins où il peut s’assumer “mauvais fils”:

– le dessin “bad boys”: il écrit en lettres multicolores “bad boys” et il dit “c’est mon surnom”, ceci lors d’une séance où il dit qu’il ne veut plus de visites avec ses parents. Il les a rencontrés à Intermarché : “j’ai voulu aller vers ma mère pour lui dire bonjour, elle m’a regardé, elle a rien dit, j’ai pleuré, je l’aime quand même ma mère.” (c’est la première fois où il me dit qu’il aime sa mère)

– le dessin des”tombes” où il dit : ” j’ai planté mon frère parce qu’il arrêtait pas de m’embêter et, après, moi je suis derrière les barreaux, pour dix ans”. Il rajoute une tombe : ” ma mère est morte, mon père l’a plantée parce qu’il en avait marre. Lui aussi est derrière les barreaux, pour vingt ans parce qu’il est plus grand” ( position homosexuelle active vis à vis de son frère, mais à un autre moment, il me dira : ” je me prépare à affronter mon frère, je m’entraîne à la baston, il fait son Romeo mais je ne serais pas sa Juliette mais le Julien”).

  •  autre dessin, celui d’un cœur partagé : ” vous avez remarqué, me dit-il, d’un coté c’est obscur, de l’autre c’est la belle vie”.
  • enfin un dessin où Dieu a envoyé une éclipse pour faire pousser toutes les maisons-fleurs…et il y a 3 milliards 45 millions d’enfants et il termine en disant : ” on est tous les enfants d’Adam et Eve”. N’est-ce pas une façon pour Marc de dire finalement qu’il n’y a qu’une grande famille? Pour lui il n’y a pas opposition entre sa famille de naissance et sa famille d’accueil. D’ailleurs sa mère ne s’en prend jamais à la famille d’accueil, elle n’a pas été destituée de sa place de “bonne mère” par la mère d’accueil mais bien par Marc lui-même quand il a demandé son placement. Marc n’est pas écartelé comme beaucoup d’enfants placés dans des conflits de loyauté entre famille de naissance et famille d’accueil, mais ce qu’il a à élaborer avec moi, c’est le passage du clivage à l’ambivalence vis à vis de l’imago maternelle.

En effet, le résultat le plus surprenant de mon intervention consiste dans le passage d’un discours où Marc est victime passive d’une mère toute mauvaise à un discours où la critique toujours virulente de cette mère n’empêche pas qu’il dise que sa mère lui manque, qu’il l’aime quand même, que c’est sa mère.

Paradoxalement, mon intervention où j’entends et je prends en compte la violence parentale à laquelle il est soumis lui permet de se dégager du risque d’identification à l’objet persécuté/persécuteur de la mère (objet de jouissance de l’Autre maternel?) alors que cela aurait pu faire consister cette identification : l’écoute analytique permet d’entendre la réalité de la violence parentale mais n’oublie pas d’entendre comment le sujet s’y engage et en répond.

Voici deux exemples où le discours de Marc sur sa mère a changé :

  • après une visite médiatisée, Marc me raconte : “en partant, elle m’a dit “tu m’as manqué”; j’ai répondu “toi aussi, tu m’as manquée”, tentative de se constituer comme l’objet du manque de l’Autre? L’assistante sociale , présente à cette visite médiatisée prend, comme trop souvent, au pied de la lettre ces paroles et propose un rapprochement des visites ce que Marc ne veut surtout pas.
  • A l’occasion de son anniversaire, Marc me dit que sa mère lui a téléphoné ce matin, avec un jour de retard : ” elle était contente que je lui ai envoyé une carte pour la fête des mères où je lui avais écrit bonne fête et que je l’aimais”; “que tu l’aimais?” dis-je.”elle m’a fait un alazon (c’est à dire un coup tordu) mais je l’aime. Je lui demande ce que c’est le coup tordu? il me répond :” c’est de fêter un anniversaire avec un jour de retard, ça ne se fait pas”.

 

Cette écoute permet à Marc de tenter de construire la fiction d’une mère aimante, nécessaire pour accéder à un statut d’homme aimable. Cette mère n’est plus uniquement persécutrice et lui n’est plus l’objet persécuteur bouche-trou de la jouissance maternelle. Mon intervention (de type paternelle?) a montré à Frank que le monde existe au-delà de sa mère, au-delà de l’omnipotence de sa mère : sa mère n’est pas toute. Or l’Autre maternel n’introduit au Grand Autre, trésor des signifiants, que par son manque.

 

L’intervention de l’analyste vient entre mère et enfant faire séparation symbolique là où la séparation matérielle n’avait pas suffi. Les effets sont majeurs : possibilité de l’amour, instauration du manque, filiation symbolique (tous les enfants sont d’Adam et Eve et pas seulement de ce père-là et de cette mère-là, dans la reproduction du même). Marc parait alors subjectiver son histoire et entrer dans une généalogie c’est-à-dire sortir de la légende sociale et de la dénonciation de la filiation.
[1] S.Freud, “Deux mensonges d’enfants”, in Névroses, psychose et perversion, Paris,1973,PUF, p184.

[2] B.Mounier,””Difficultés des cures d’enfants placés en famille d’accueil”, in Les Lettres de la S.P.F. n°18 , Campagne Première, 2007, p83-93.