ÊTRE NÉ DE…/ ÊTRE FILS DE…

Filiations et origines dans l’adoption plénière.

Exposé fait au colloque de la SPF « filiations et parentalitès », à Paris, en novembre 2014

Origine et filiation sont habituellement conjoints, de notre « origine » découle notre filiation : nous sommes nés d’une mère et d’un père dont nous devenons fils ou fille

Recevoir des sujets adoptés (enfants ou adultes) m’a obligé à réfléchir sur le lien de filiation et surtout m’a amené à découvrir qu’il y avait une différence essentielle entre « être fils de … » et « être né de … ».

Le processus de l’adoption plénière nous apprend en effet qu’origine et filiation peuvent être disjoints, qu’il s’agit de deux ordres de réalité différents.

Si cette différence n’est pas explicitement pensée, de la confusion peut s’installer, confusion qui devient source de difficultés pour les différents acteurs du processus d’adoption : la quête des origines notamment peut alors être prise pour une mise en cause de la filiation. Lire la suite

LA QUÊTE DE RESSEMBLANCE CHEZ LES SUJETS ADOPTÉS :

 une tentative pour colmater les brèches identitaires

 

Texte présenté au colloque de la SPF sur le thème « Identités et sujet », le 31 mars et 1er avril 2012, à Paris, dans le cadre de l’atelier « Quand le sentiment d’identité vacille », publié dans Les lettres de la SPF, n°30, 2013, p. 73-82.

 

L’identité personnelle prend sa source depuis l’autre par le jeu des identifications. Elle nait dans le lien aux parents, parents qui font don de reconnaissance : tu es mon fils/ tu es ma fille, reconnaissance qui est d’abord une disposition psychique et affective avant d’être un acte juridique. C’est du lien avec sa mère et avec ses proches que l’enfant grandit au sentiment d’une évidence : bien sûr que je suis ton enfant, que je suis leur enfant, bien sûr que je suis moi-même. L’évidence de soi-même est le fondement de tout sentiment identitaire[1]. Cette évidence du lien aux parents est toujours à créer : elle n’a rien d’une évidence et la ressemblance physique aide à conforter la conviction : c’est mon portrait tout craché, il est logique que je me retrouve en lui. La ressemblance physique n’est pas une condition du lien (nous allons voir qu’elle manque chez l’enfant adopté et que ce manque est douloureux) mais elle le facilite : la filiation s’inscrit aussi dans le jeu de la semblance[2] et on en voit d’ailleurs les manifestations enthousiastes dans les maternités. Lire la suite

DETTES ET CULPABILITÉ CHEZ L’ENFANT ADOPTÉ

à partir d’une conférence prononcée le 3 décembre 2011 au musée Gallo-Romain de Lyon à l’initiative de l’association Eldelweiss-Accueuil

Si dettes et culpabilité sont au coeur de la transmission intergénérationnelle, elles sont pour l’enfant adopté et ses parents la source de malentendus et de méprises, eux-mêmes générateurs de troubles dans la relation entre parents et enfants dans l’adoption. Après avoir approfondi les concepts de dette imaginaire et de dette symbolique, je vous ferai partager ce que m’ont appris en ce domaine des années d’expérience clinique avec les enfants en passant par une réflexion plus anthropologique sur la place de la dette et de la culpabilité dans la transmission et la filiation. Lire la suite

SPÉCIFICITÉS DES CURES D’ENFANTS PLACÉS EN FAMILLE D’ACCUEIL.

REFLEXIONS SUR « LE MAINTIEN DU LIEN »

Intervention aux journées d’études de la SPF du 29/30 mars 2008 , à Paris,  publié dans La psychiatrie de l’enfant, Vol.LII 2/2009, PUF.

Résumé :  Recevoir en psychothérapie des enfants placés en famille d’accueil est difficile : multiplicité des intervenants (parents, famille d’accueil, travailleurs sociaux, juge ), refus apparent de ces enfants d’aborder leurs symptômes et surtout leur histoire familiale, fréquente intervention de la réalité dans la cure qui peut compromettre la poursuite de celle-ci. Comment, alors, organiser tous ces éléments pour que la conduite de la cure soit vraiment assurée par le psychanalyste et non abandonnée au gré des événements? La psychothérapie de Yassine nous permettra d’aborder toutes ces questions.

Cette longue expérience des cures d’enfants placés m’a amené aussi à réfléchir à l’expression « maintien du lien », qui m’apparaît beaucoup trop souvent entendue comme une injonction à concrétiser dans la réalité alors que c’est au niveau intra-psychique, symbolique, qu’il faut élaborer ce lien. Lire la suite

ABUS SEXUELS : QUEL TRAUMA ?

Texte présenté à la journée de travail de la SPF à LYON du 17 octobre 1998 sur le thème “ Trauma : Inaudible/Indicible »

Dans les prémices de notre travail[1] sur le trauma, confrontant Freud et Ferençzi, nous en étions venus à proposer ce titre : “ Le trauma : inaudible et/ou indicible ”, qui sous-entendait la question de l’irreprésentable dans le trauma.

Un collègue avait, dans une conversation privée, vertement critiqué ce titre. Si je me permets de résumer ses arguments, je dirais que pour lui, l’inaudible renvoie tout simplement à une question de contre-transfert, donc de contrôle et ne peut être l’objet d’un colloque. Quant à l’indicible, si on ne croit pas que tout peut être dit, il vaut mieux arrêter de faire de la psychanalyse. Ceci m’a bien sur fait réfléchir et une histoire clinique survenue dans ma pratique à ce moment a réinterrogé la façon de dire le trauma. C’était il y a plus de 6 mois, ma réflexion a évolué depuis mais je vous livre quand même cette séquence clinique bien imparfaite car je crois qu’elle peut alimenter notre discussion d’aujourd’hui.

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INTERVENIR DANS LA RÉALITÉ

Intervenir dans la réalité lors de cures avec des enfants placés

Intervention au colloque de la SPF du 28/29novembre 2009  « Comment inventer en psychanalyse aujourd’hui? », publié dans La psychiatrie de l’enfant, Vol.LIV 2/2011, PUF.

Résumé : recevoir en psychothérapie des enfants placés en famille d’accueil est difficile. D’une part ces enfants se protègent beaucoup de leur réalité psychique et d’autre part les problèmes de réalité  extérieure sont envahissants et interfèrent dans la cure. Plutôt que d’ignorer ces incursions  de la réalité  extérieure, il est préférable de les prendre en compte, voire d’intervenir dans cette réalité concrète. Cette intervention du psychanalyste dans la réalité, pour peu orthodoxe qu’elle soit, s’est révélée être un moyen privilégié pour avoir accès à la réalité psychique de ces enfants et permettre à ces thérapies de déboucher sur de véritables changements.

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TÉMOIGNER,

à partir de récits des survivants de camp de concentration

Texte présenté au colloque « écriture et psychanalyse » à Lyon en novembre 1988, publié dans Entrevues n°16

C’est une question, tout autant posée par ma curiosité infantile, que par ma rencontre avec la psychose qui m’a poussée vers ces récits sur les camps nazis : qu’est-ce qui nous fait vivre? Qu’est-ce qui a permis à ces hommes et à ces femmes de vivre alors que tout espoir de vivre avait été banni? Comment Eros a-t-il pu survivre sous Thanatos.

Témoigner dans les camps, c’était témoigner que celui qui mange des épluchures n’est pas un animal, qu’il reste un homme et que c’est cela sa grandeur.

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